Dans cette rubrique des réflexions personnelles de nos pratiquants; Jean Claude Piatti inaugure ce Forum par une reflexion intéressante sur la Self-Defense et les arts martiaux traditionnels:
Jean-Claude Piatti - 6 DAN AIKIDO YOSEIKAN - FEKAMT. Je ne ferai pas l’historique des arts martiaux (dit d’auto-défense), mais simplement dire que nous vivons actuellement dans le milieu des arts martiaux (tous respectables) un phénomène de société et de surenchère concernant les méthodes de défense. Chacun démontrant l’efficacité et les valeurs de sa discipline. Il y à quelque chose de bizarre quand même en voulant continuellement prouver que sa discipline est supérieur en qualité technique et constamment prendre tel ou tel exemple. Entendre dire que la tradition ne sert pas à grand chose dans la rue ou dans telle situation et nous on va à l’essentiel etc... J’entends très rarement chez les spécialistes du combat de rue parler de simple plaisir de pratiquer, de progresser dans la sérénité, de rechercher un épanouissement et d’avancer progressivement sans constamment tomber dans la paranoïa. Les pratiques martiales en période de paix on d’autres motivations. Maintenant je suis très conscient que nos techniques doivent être adaptées aux circonstances de la rue. Je comprends les professionnels de la sécurité et des forces de l’ordre qui recherche autre chose pour leur métier avec des objectifs différents car souvent ils sont en équipe, donc des méthodes complètement en opposition avec une discipline martial de dojo. En revanche nous avons un point commun sur les moyens de gestion du stress (combattants de compétition et pratiquants en quête d’efficacité), sauf qu’un professionnel de la sécurité et du maintien de l’ordre n’aura pas de règlement d’arbitrage et qu’il devra être « PROFESSIONNEL » jusqu’au bout. Apprendre aux élèves la self-défense, l’auto-défense, la défense personnel relève d’un enseignement particulier ou nous n’avons pas le droit de mentir sur l’efficacité de certaines techniques soit disant imparables en particulier quand je vois des gens capables de retirer un revolver pointé sur la nuque ou un objet tranchant comme le couteau, le rasoir sur la carotide avec une facilité déconcertante. Excusez moi je trouve que l’on se moque des élèves et nous tombons dans la malhonnêteté. Laissons ça aux professionnels (et encore je ne suis pas sur qu’ils utilisent se genre de technique ?). Adaptabilité des techniques (traditionnelles ou pas) dans un contexte extraordinaire (l’agression) et non dans un contexte ordinaire d’entrainement. Un élève aura besoin d’un apprentissage construit sans mensonge avec de l’argumentation sur l’utilisation de tel ou tel technique à utiliser ou à ne pas utiliser. Nous pouvons montrer et démontrer à des fins mercantiles du spectacle (très bien fait d’ailleurs) mais cela reste du spectacle. Attention de bien dire aux élèves que dans la rue un homme normalement constitué risque moins d’être attaqué par un individu seul (à moins d’un malade mentale) qu’une femme (pour des raisons faciles à comprendre comme les agressions sexuelles ou pour ses biens) ou une personne âgée. Par contre nous risquons plus une agression par un groupe de personne et là dans la mesure du possible la course à pieds reste le meilleur moyen de sans sortir. Bref, un de mes ami Senseï et policier me rappelle souvent que ceux ne sont pas les styles qui sont mauvais, ni les pratiquants mais dans la rue trop de choses peuvent intervenir. La vigilance est naturelle mais aussi l’observation et face à plusieurs individus la fuite n’est pas une lâcheté.  A mon sens la gestion des émotions restent un élément très important pour un individu et les techniques apprises en salle dans des situations d’entraînement ne suffisent pas toujours. Rester lucide sur son potentiel, ne pas prendre de risque inutile et continuer son entraînement avec sérieux et plaisir.

Une autre pensée de jean Claude :
 
Les qualités d’un bon enseignement

- Aimez et maîtrisez la discipline à enseigner.

- Aimez enseigner et partager votre passion.
- Aimez vos élèves, ils vous le rendront bien.

 

Ne prenez pas cet air suffisant qu’on certains professeurs à l’égard de leurs élèves, sous prétexte qu’ils ont un petit savoir à leur transmettre. Apprenez à bien les connaître ils vous en apprendront aussi. Il y a sûrement des matières où ils brillent plus que vous.
Soyez présent, vous pouvez être le meilleur enseignant, si vous brillez par votre absence vous aurez beaucoup de mal à inculquer à vos élèves certaines valeurs comme le respect, par exemple.
Encouragez vos élèves à aller découvrir d’autres choses ailleurs, ne vous conduisez pas à leur égard comme un mari jaloux. Ils vous seront toujours reconnaissants plus tard de leur avoir montré « la voie ».
L’enseignant a un rôle d’éducateur à un moment souvent charnière de l’adolescent. Celui-ci est facilement impressionnable et influençable. Faites lui bien comprendre que les techniques que vous enseignez ne fonctionne pas forcément à chaque fois et qu’elles sont soumises à toutes sortes de paramètres. Le combat n’est pas une science exacte.
Faites comprendre aux élèves que seul un travail de longue haleine peut permettre la réalisation de techniques relativement fiables en situation.
Il faut les encourager mais aussi leur remettre régulièrement les pieds sur terre grâce à des mises en situations se rapprochant de la réalité, notamment en ce qui concerne les armes blanches.
Laisser croire à un élève qu’il détient grâce à vous l’arme absolue est absurde.

 

Posez-vous toujours les bonnes questions :
- Que puis-je faire pour améliorer le geste de l’élève.
- Que puis-je faire pour faire progresser ma technique.
- Que puis-je faire pour que mon enseignement reste attractif et crédible.
- Que puis-je faire pour que mes techniques soient efficaces.
- Que puis-je faire pour que mes élèves gardent de moi le souvenir d’un homme en quête de vérité. Un homme honnête et sincère qui a toujours essayé de guider les élèves sur la bonne voie en les éclairant de son petit savoir.


Ne cherchez pas quelle est la discipline la plus efficace car elle n'existe pas.
De même que le but à atteindre est souvent moins important que le chemin qui y mène.


Le spécialiste qui ne pratique qu’une discipline ne détient qu’une infime partie des arts martiaux.
Il faut être curieux de tout et pratiquer un maximum de styles différents. 
Et surtout, il ne faut pas juger les autres disciplines sans connaître.


En somme, cultivez la différence et pas l'indifférence.